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L’architecture sort du bois

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Un matin d’hiver à Grenoble. Il fait froid dehors, mais à l’intérieur d’un logement du bâtiment HautBois, pas besoin de chauffage ! Juste un bâtiment avec une enveloppe performante, une ventilation bien pensée et une structure majoritairement en bois. À la fin du mois, la facture est sans appel : 46 euros, tout compris, pour un T3*. Ce n’est ni une expérimentation ni un prototype, mais un immeuble de logements sociaux de neuf étages livré en 2022. Une réalité concrète qui dit beaucoup de l’avenir de la construction.

Longtemps perçue comme marginale ou réservée à quelques projets vitrines, la construction bois est aujourd’hui au cœur des enjeux portés par la RE2020 (Réglementation Environnementale 2020) et ses évolutions à venir. Les retours d’expérience présentés lors du cycle de conférences « L’architecture sort du bois ! », montrent clairement que le bois n’est plus une promesse, mais un levier opérationnel pour répondre aux défis climatiques, économiques et sociaux du bâtiment.

Le projet HautBois à Grenoble illustre parfaitement cette bascule. Avec ses 56 logements répartis sur neuf niveaux, sa structure en panneaux CLT (Cross Laminated Timber, ou bois lamellé-croisé) et sa conception passive, le bâtiment se passe de chauffage dans les logements. La chaleur est apportée par une ventilation double flux intelligente, complétée par la récupération de chaleur sur les eaux grises des douches. Les performances mesurées confirment les intentions de conception : la batterie de chauffage n’a fonctionné que quelques jours durant l’hiver 2024-2025. Le bois, ici, n’est ni un argument marketing ni un simple habillage. Il est au cœur du système constructif et permet d’atteindre des niveaux de performance énergétique très supérieurs aux exigences réglementaires, tout en maintenant des coûts de construction maîtrisés.

À Saint-Dié, la résidence Carnot propose une autre lecture du bois, plus hybride, tout aussi convaincante. Le bâtiment s’élève sur onze niveaux et associe une structure bois à un noyau béton, combinant pragmatisme technique et ambition environnementale. Les planchers en CLT, les murs isolés en paille hachée et les dispositifs d’encapsulation répondent aux exigences incendie tout en maximisant le recours aux matériaux biosourcés. L’énergie est produite grâce à des sondes géothermiques intégrées aux fondations, alimentant des pompes à chaleur elles-mêmes raccordées à des panneaux photovoltaïques. Le résultat est sans appel : un indicateur carbone construction largement meilleur que le seuil RE2031 et plus de 400 tonnes de CO₂ stockées dans le bâtiment. La mixité constructive ne s’y présente pas comme un compromis, mais comme un levier de performance.

Ces opérations ne sont pas des cas isolés. Elles s’inscrivent dans une dynamique collective portée notamment par les bailleurs sociaux, à l’image de l’Immobilière 3F, qui structurent dès à présent de véritables trajectoires de décarbonation. L’amélioration méthodologique des analyses de cycle de vie, le recours à des scénarios de référence issus du retour d’expérience, la généralisation de la façade à ossature bois et le développement du hors-site permettent de passer progressivement de l’expérimentation à la diffusion à grande échelle. La RE2020 a ouvert un cadre, les seuils 2025, 2028 et 2031 imposent désormais une montée en compétence généralisée.

La question des ressources, souvent brandie comme une limite, trouve elle aussi des réponses étayées. Les travaux prospectifs menés par l’IGN (Institut national de l’information géographique et forestière) et le FCBA (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement) montrent que la sylviculture française dispose de capacités suffisantes pour accompagner le développement de la construction bois, à condition d’arbitrer intelligemment entre usages énergétiques et usages matériaux, et de penser le stockage carbone sur le long terme. Là encore, le bois n’est pas une solution isolée, mais un élément d’un système plus large, qui relie sylviculture, filière, bâtiment et usages.

Ces enseignements font pleinement écho aux valeurs portées par l’agence Écologie Urbaine & Citoyenne. Défendre les opérations bois et mixtes, ce n’est pas chercher la performance pour elle-même, ni répondre mécaniquement à une exigence réglementaire. C’est concevoir des bâtiments sobres, robustes et désirables, accompagner les maîtrises d’ouvrage dans des choix éclairés, et faire du carbone un véritable outil de projet. C’est aussi replacer les habitants au cœur de la réflexion, en considérant le confort, les charges, l’adaptabilité et la qualité d’usage comme des critères indissociables de l’impact environnemental.

La RE2031 n’est pas un horizon lointain. Elle se construit dès aujourd’hui, dans les esquisses, dans les choix structurels, dans la manière d’articuler bois, béton et autres matériaux. Les retours d’expérience sont là, les solutions existent, les filières sont mobilisées. Reste à oser : oser le bois, oser la mixité, oser une sobriété qui ne renonce ni au confort ni à l’ambition. Et surtout, oser concevoir la ville comme un bien commun, au service des habitants et du vivant.



*Charges réelles annoncées : 46€/mois pour un T3 (65m2), tout compris. Source : Conférence “L’architecture sort du bois”

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