Un fossé envahi d’herbes, une friche agricole coincée entre deux routes, une haie en lisière de champ. Des paysages ordinaires, souvent ignorés, parfois jugés inutiles. Et pourtant, pour un crapaud en migration, un insecte pollinisateur ou une plante pionnière, ces espaces sont tout sauf anecdotiques. Ils constituent les derniers passages, les refuges discrets, les maillons fragiles d’un territoire vivant. C’est à partir de ces lieux banals mais décisifs qu’a été pensée l’étude stratégique de maîtrise foncière et d’usage pour la préservation et la reconquête de la biodiversité menée par Écologie Urbaine & Citoyenne pour la communauté d’agglomération GrandAngoulême.
Renaturer, c’est redonner aux sols et aux milieux leur capacité à fonctionner pour le vivant, mais c’est aussi reconnaître la valeur de ce qui subsiste déjà et éviter de le dégrader davantage. D’un point de vue écologique comme juridique, la renaturation vise à inverser l’artificialisation des sols, au cœur de l’objectif ZAN (Zéro Artificialisation Nette) à l’horizon 2050. Cette ambition ne se limite donc pas à recréer de la nature là où elle a disparu : elle suppose avant tout de mieux préserver les espaces encore fonctionnels, souvent ordinaires et peu protégés. Une exigence qui pose une question simple mais redoutable : où agir pour que chaque action compte vraiment, et empêche de nouvelles pertes plutôt que de réparer indéfiniment ?
Le territoire du GrandAngoulême est riche de biodiversité et d’une multitude d’acteurs impliqués dans sa gestion. Associations, collectivités, agriculteurs, gestionnaires d’espaces naturels : les initiatives ne manquent pas. Le défi identifié par l’Agence Écologie Urbaine & Citoyenne n’était donc pas l’absence d’actions, mais leur dispersion. Beaucoup faisaient déjà, mais souvent de man, sans vision foncière partagée à l’échelle intercommunale.
La première étape de la mission a ainsi consisté à créer du lien là où il en manquait. Cartographier les acteurs, comprendre leurs pratiques, leurs outils et leurs contraintes, en créant notamment des moments de mise en commun des données et des connaissances. Ce travail de fond a permis de dépasser les postures et les idées reçues.
En 2024, Charente Nature a réalisé un atlas de la biodiversité intercommunale, qui a constitué le socle de la mise en œuvre de la trame verte et bleue (TVB) et de son intégration dans les documents réglementaires. Cette analyse a mis en lumière plusieurs réalités structurantes : une large part des espaces identifiés au titre de la TVB bénéficie d’un faible niveau de protection. Par ailleurs, certains dispositifs réglementaires existants, tels que les espaces boisés classés (EBC) ou les emplacements réservés, ne garantissent pas à ce stade une gestion écologiquement adaptée des sites concernés. À cela s’ajoute le fait que de nombreux secteurs à forts enjeux écologiques se situent sur des fonciers privés. Dans ce contexte, les routes, les zones à urbaniser ou encore les friches dégradées fragmentent les continuités écologiques et génèrent des points de rupture souvent invisibles, mais déterminants pour le vivant.
Face à ce constat, l’étude défend une approche pragmatique et engagée : protéger la biodiversité ne passe pas uniquement par l’achat de terrains par exemple. En effet, la maîtrise d’usage est tout aussi essentielle que la maîtrise foncière. Conventions de gestion, obligations réelles environnementales, bail rural environnemental, adaptation des pratiques, outils règlementaires et partenariats locaux constituent une boîte à outils au service du vivant.
La stratégie proposée s’articule autour de trois priorités claires. D’abord, mieux gérer les espaces déjà reconnus et protégés pour leur valeur écologique mais fragilisés par des pratiques inadaptées. Ensuite, agir sur les discontinuités de la TVB, en ciblant les secteurs les plus vulnérables et les moins protégés. Enfin, saisir le potentiel des friches urbaines et périurbaines, souvent considérées comme des espaces en attente, alors qu’elles représentent de véritables opportunités de renaturation.
Plus qu’un diagnostic, cette étude est une véritable feuille de route. Cartographies partagées par l’ensemble des acteurs de la TVB, fiches actions, outils de suivi et temps de transmission ont été conçus pour accompagner les collectivités et les acteurs dans la durée. L’objectif est clair : créer une dynamique collective, capable d’évoluer, de s’adapter et de s’ancrer dans les décisions foncières et d’aménagement.
Alors, la prochaine fois que vous croiserez une friche ou une haie oubliée, posez-vous la question : et si c’était là que tout se jouait ? C’est à cette échelle concrète que Écologie Urbaine & Citoyenne agit, en faisant de la maîtrise foncière et d’usage un levier central pour redonner de la continuité au vivant.



